Centre culturel islamique

LE CENTRE CULTUREL ISLAMIQUE a une histoire. Elle commence en 1952. Cela fait donc plus d’un demi-siècle. Il n’y avait à ce moment aucune association ou centre culturel islamique en France. Comment commence cette histoire ?

M. Ravan Farhadi, qui est aujourd’hui ambassadeur de l’Afghanistan auprès des Nations unies, et moi-même faisions partie du Centre international de jeunesse, association regroupant des jeunes de diverses nationalités. M. Farhadi et moi-même, nous nous sommes dit : « Pourquoi ne pas fonder une association islamique ? » Avec cette idée, nous sommes allés voir le Pr. Hamidullah qui nous a tout de suite soutenus. […]

Laissez-moi vous dire quelques mots sur M. Farhadi. Originaire d’Afghanistan, il était étudiant à l’Institut d’études politiques, il s’intéressait beaucoup à la linguistique et à la littérature persane, dont il est devenu un spécialiste. Il était en rapport avec les grands orientalistes comme Louis Massignon et d’autres. En 1955, il rentre en Afghanistan, où il jouera un rôle important. Il a été notamment conseiller du Roi, secrétaire général du Conseil des ministres jusqu’à l’invasion de son pays par l’Union soviétique. Après 1979, il a dû fuir l’Afghanistan. Pendant quelques années, il a enseigné la littérature persane à Paris-III, puis s’est exilé aux États-Unis avec sa famille. À présent, comme je vous l’ai dit, il est ambassadeur d’Afghanistan auprès des Nations unies.

Après cette rencontre avec le Pr. Hamidullah, nous avons pris contact avec quelques étudiants musulmans de différents pays qui ont estimé qu’il était temps de jeter les fondements d’un centre qui pourrait établir une cohésion purement culturelle et spirituelle entre les musulmans et les résidents en France. Notre première réunion officielle s’est tenue le vendredi 7 novembre 1952, au 2, rue Danton, située au Quartier latin, pour un échange de vue sur l’établissement des statuts du Centre et des problèmes d’ordre pratique.

Haïdar Bammate, Khaldoun Kennani, Osman Yahya, notamment, ont marqué la vie du Centre

Nous étions au départ une dizaine de membres, dont M. Abbas Safavian, d’origine iranienne, qui était étudiant en médecine, des années 1960 à 1970 il sera doyen de la faculté de médecine de Téhéran et un des médecins du shah d’Iran. Il a fui son pays après la révolution iranienne. Actuellement, il est installé à Paris, où il exerce la médecine. […]

Nous avions convenu que le Centre culturel islamique aurait les activités suivantes : organisation de conférences sur l’histoire de l’islam, sur la pensée philosophique, juridique et littéraire, sur les grandes figures de l’islam, penseurs, souverains, sur l’islam moderne avec des études sur les grands problèmes économiques et sociaux dans le monde musulman. Mais nous avons exclu toutes manifestations à caractère politique dans nos activités.

Le premier président fut M. Ali Mazaheri, de 1952 à 1979, chercheur d’origine iranienne, il était connu pour ses travaux sur la vie quotidienne des musulmans au Moyen Âge et les routes de la soie.

Durant les deux premières années de notre existence, en 1952 et en 1953, n’étant pas encore bien connus et disposant de peu de moyens financiers, les conférences se faisaient au 12, rue Guy de la Brosse, près de Jussieu, dans une salle modeste et où l’auditoire était composé surtout d’étudiants musulmans.

La première conférence a été faite un vendredi 28 novembre 1952, la veille du mawîid, par le Pr. Hamidullah, sur la vie et l’œuvre du Prophète Muhammad salla Llâhu ‘alayhi wa sallam. La deuxième, par Ravan Farhadi et […] de l’ambassade du Pakistan, sur l’œuvre de Muhammad Iqbal, promoteur de l’État du Pakistan et l’un des plus grands penseurs de l’islam moderne.
C’est à partir de février 1953 que les conférences ont eu lieu soit au musée Guimet, soit à la Maison internationale de la Cité universitaire, ou encore à la Sorbonne. Parmi les conférenciers, il y avait les grands orientalistes comme Louis Massignon, Henry Corbin, Jacques Berque, Henri Massé. […]. Et il y avait des musulmans dont certains occupaient à l’époque des postes importants. […] Un certain nombre de personnes ont marqué la vie du Centre. Je voudrais revenir sur elles plus en détail. […]

Le Pr. Hamidullah, cofondateur, devint l’unique animateur à partir de 1971

M. Haïdar Bammate […] était dans les années 1920 Premier ministre du Daguestan et après l’invasion de son pays par les Russes il s’exila d’abord en Turquie puis en France, et vécut également en Suisse, où il était chargé d’affaires de l’Afghanistan. Il fut surtout connu en France par son ouvrage Visages de l’islam, paru en 1946. Visages de l’islam eut un grand impact sur beaucoup d’intellectuels et notamment du Maghreb. […] Quant à M. Khaldoun Kennani, d’origine syrienne, il était fonctionnaire à l’Unesco et termina sa carrière comme directeur de la Ligue islamique mondiale. M. Osman Yahya, d’origine syrienne également, était maître de recherches au CNRS. […] Une longue collaboration s’établit entre Osman Yahya et le Pr. Henry Corbin, directeur, à l’époque, de l’École pratique des hautes études. Ils signeront en commun trois ouvrages, dans la collection « Bibliothèque iranienne », et Osman Yayha se chargera de six chapitres dans Histoire de la philosophie, d’Henry Corbin, parue aux Éditions Gallimard, en 1964. Mais, à partir de 1970, il s’investit entièrement dans l’édition de l’histoire et l’œuvre d’Ibn ‘Arabi à laquelle son nom est désormais attaché.

Parmi les personnes qui nous ont aidés dans les activités du Centre culturel islamique, je voudrais évoquer la mémoire de Mme Hélène Heckmann, française convertie à l’islam, […] elle nous a beaucoup aidés dans l’organisation des conférences et dans la réédition de Visages de l’islam, de M. Haïdar Bammate, paru en 1958.

Il faut souligner que les activités du Centre culturel islamique ne se contentaient pas uniquement d’organiser des conférences, nous organisions également des réceptions à l’occasion du mawlîd, à la Maison internationale de la Cité universitaire.

Toutes ces manifestations demandaient beaucoup de moyens financiers et matériels. En plus des faibles contributions des étudiants, il y avait des contributions ponctuelles de l’ambassade du Pakistan et de celle d’Arabie Saoudite. Je voudrais vous préciser que nous étions, malgré tout, complètement indépendants.

Vous pouvez imaginer qu’on avait un bureau comme un secrétariat avec téléphone et télécopieur qui n’existaient pas dans les années 1950. Le secrétariat était soit chez le Pr. Hamidullah, soit dans ma chambre d’étudiant, nous n’avions pas de téléphone, on travaillait dans des conditions difficiles. […]

J’en ai relativement peu parlé, car il est connu de nous tous : le Pr. Hamidullah, qui a bien sûr joué un rôle fondamental au sein du Centre culturel islamique. Il fut en fait l’unique animateur à partir de 1971, et ce jusqu’à sa maladie en 1995. Grâce à sa grande générosité, le Centre culturel islamique est propriétaire d’un petit studio à Paris, dont le loyer nous a permis dans l’immédiat de payer en partie la location de cette salle et, insha Allâh, nous aidera à organiser dans l’avenir des séminaires. […] ■