Pour un dialogue islamique avec l’élite occidentalisée (1/2)


PREAMBULE

Les perspectives terrifiantes qu’ouvre devant le monde déconcerté la conjoncture actuelle de crise généralisée ont heureusement fait perdre à nos « élites » déculturées, aux plus lucides du moins, beaucoup de leurs certitudes et de leurs illusions concernant la maîtrise supposée de l’Occident sur l’histoire.

Les adeptes du pragmatisme libéral s’aperçoivent que le bloc capitaliste est en train de se désintégrer ; la crise économique avec son cortège de malheurs (l’inflation, le chômage, etc…) tue la solidarité inter-occidentale claironnée encore pour amuser uniquement la galerie.

Le bloc communiste que seule la terreur intérieure à l’URSS et extérieure à ses frontières nationales tient, a comme perdu son attrait idéologique. L’appui économique que l’impérialisme de l’Ouest fait miroiter pour allécher les gouvernements en mal de finances, semble un leurre à plus ou moins brève échéance lorsque la débâcle économique aura entraîne tout le système capitaliste à la faillite.

Quant à l’interventionnisme militaire de l’Est et à sa montée comme la première puissance impérialiste par la violence et la normalisation, il est cynique pour dissiper que le bon camarade rouge et progressiste puisse être motivé par autre chose que par le souci de consolider son empire et imposer au camp d’en face un partage du monde toujours plus avantageux pour qui a le plus de chars, le plus d’avions et le plus de soldats.

Nous autres islamiques, partisans de Dieu et champions de Sa cause qui est celle de la justice, de la tolérance et de la paix dans la liberté, considérons l’Occident de l’Est et de l’Ouest comme un seul et même monde et l’hégémonie des deux impérialismes une menace à déjouer également. Nos sociétés musulmanes sont la proie convoitée, nos territoires et nos ressources économiques, les atouts stratégiques que l’Est dispute à l’Ouest. Longtemps nous avons été (et nous le resterons après la déclaration formelle des indépendances nationales), l’objet de l’histoire, façonnés, colonisés, divisés, exploités et avilis par l’Occident. Le colonialisme capitaliste des deux derniers siècles fait place au néocolonialisme, forme plus insidieuse, plus rémunératrice et plus voyante de la même exploitation. Le rouleau compresseur communiste qui prend pour terrain d’essai l’Afghanistan, nous montre que l’échec de l’idéologie comme moyen de pénétration par les idées a amené l’URSS à compter sur la méthode directe de l’occupation armée brutale.

Les luttes pour les libérations nationales avaient trouvé les ressources morales de la mobilisation contre l’occupant, dans le sentiment Islamique qui dormait au sein de nos peuples musulmans. Il semblait, au lendemain des indépendances déclarées et dans l’enthousiasme des fêtes trépidantes, que nous pouvions échapper à notre sort d’objets manipulés et améliorer notre statut sur la scène mondiale comme des sociétés justes et dignes, comme des états stables et forts ; comme des hommes  à part entière sur ce globe. Les élites traditionnelles qui avaient initié et animé les luttes nationales de libération, qui savaient polariser et activer l’énergie du peuple, s’étaient laissées infiltrer et moralement amollir par des générations d’intellectuels et de cadres formés à l’occidental et progressivement détachés de nos valeurs.

L’indépendance déclarée, les cadres occidentalisés qui ont techniques et une mentalité rationnellement mieux organisée, ont vite supplanté les militants fondateurs. La confiscation du pouvoir et de l’Etat par ces élites a pris des formes très peu différentes d’un pays à l’autre.

C’est le nouveau parti, unique ou non, qui supprime l’ancien ou entre en opposition avec lui en se posant comme le héros du peuple, comme l’incarnation de l’espoir dans une justice sociale et un progrès moderne. Bref, les artisans de la modernisation auto-désignés par l’usage idéologique de l’islam ou par le coup d’Etat laissent tomber l’appel aux convictions du peuple pour clamer les slogans progressistes que la misère de l’ignorance de ce peuple lui font écouter comme des promesses sincères. Il arrive un moment où la dictature personnelle ou celle du parti unique accumule trop d’échecs et finit par martyriser le peuple par la torture policière. Alors ces élites techniciennes collaboratrices du pouvoir policier, les intellectuels en sympathie ou en opposition complice avec ce pouvoir perdent l’audience qu’elles avaient auprès du peuple. Un nouveau discours frappe la conscience collective par sa sincérité et sa clarté. La colère latente du peuple explose ; un nouveau espoir est né avec la chute des modernisateurs qui n’ont aucun horizon moral et spirituel sans lequel et par lequel situer et adapter cette modernité.

Le pauvre Chah avait appris à ses dépens que la sujétion à l’étranger et la modernisation sauvage sous le fouet et la torture finissent dans le sang librement versé qui irrigue le plan vigoureux de l’islam renaissant aujourd’hui en Iran.

Nos élites occidentalisées n’ont pas pour vocation de continuer à vivre dans la perplexité des  situations nouvelles et imprévues comme celles que vivent les intellectuels d’Iran qui n’ont pas su humer dans quelle direction souffle le vent de l’histoire et calculer la portée historique de l’élan islamique qui propulse vers la dignité et la lumière de l’être de la oumma islamique de par le monde. Leur vraie vocation, celle qu’elles doivent mériter par l’intelligence et la sincérité de leurs engagements est de participer à cet élan libérateur et de mettre leur compétence et leur savoir-faire au service de leur peuple qui attend d’elles un effort éclairé et solidaire du sien afin de construire à nouveaux frais nos économies mal formées, de restaurer l’égalité et la justice sociales, d’arracher aux impérialismes de l’Occident et aux exploiteurs de l’intérieur notre dignité, notre liberté et notre indépendance.

L’objet de notre causerie est d’ouvrir l’horizon du dialogue, de la rencontre, de la compréhension mutuelle de la collaboration de deux élites aux mentalités différentes et que seule une volonté commune et bien assumée dans le combat peut rapprocher et souder. Les milliers, les dizaines de milliers d’Arabisants, ces  professeurs de quaraouyine ou ces humbles fquihs de Douar issus de l’école coranique partagent sinon la volonté actuelle de combattre avec l’islam militant, du moins l’essentiel du penser et du vouloir.

Les services secrets des puissances impérialistes et des politiques locales voient dans chaque barbu et dans le moindre coutumier de la Mosquée, un révolutionnaire en puissance. C’est que la ferveur et la vigueur de la poussée islamique sont telles qu’elles font trembler les forces du mal, font perdre leur sang-froid aux plus surs de leurs protecteurs parmi nos gouvernements.

La masse du peuple recèle une énergie incalculable qui, si elle est canalisée et mobilisée pour la construction peut réaliser des miracles. Nos intellectuels de gauche occidentalisés et déculturés ont appris à respecter la révolution islamique d’Iran, et à y participer pour ceux d’entre eux qui se trouvent sur scène. Le phénomène jamais vu de millions de gens qui participent au soulèvement, à la grève, au combat de rue avec un maximum d’ordre possible et d’entraide fraternelle n’a pas fini d’étonner le monde. Nous ne voulons pas que nos chers élites occidentalisées analysent le phénomène avec le détachement hostile de l’Occident mis en échec, ni dans l’erreur dogmatique des calculateurs communistes qui attendent qu’un KHOMEINY-KERENSKY dégage le terrain par une Révolution d’octobre.

 

Source: la revue Le Musulman. Edition de mars 1981


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